6 ans, 25 kilos, 1 enfant, 4 livres et 1 CoworkCrèche plus tard...

S'il y a une chose que j'ai la chance, la joie, le bonheur d'avoir apprise ces dernières années, c'est qu'on n'a aucune idée de ce qui va pousser lorsqu'on plante une graine qui vient du coeur.

Le 8 avril 2010, enceinte d'à peine quelques semaines, j'ouvrais furieusement un blog anonyme, mon tout premier, moi qui n'en lisais même pas, et écrivais plusieurs articles d'affilée dès le premier soir.

Après des années à écrire pour moi, sans jamais rien oser partager, hormis 2 pièces de théâtre écrites et jouées quelques années auparavant, je jetais mes mots sur le World Wide Web avec le sentiment que ça n'intéresserait pas grand-monde, mais la conviction intime que cela devait être fait, pour moi, pour écrire, pour parler, pour me sortir l'angoisse du ventre, aussi, car j'avais fait une fausse couche quelques mois auparavant et je redoutais que cela n'arrive à nouveau.

J'étais alors directrice d'une crèche associative, après avoir travaillé comme infirmière puéricultrice plusieurs années en cancérologie pédiatrique puis en néonatalogie, j'avais eu besoin de m'échapper et de m'occuper d'enfants qui allaient bien, ou qui, du moins, étaient moins malades.

J'avais tout ce qu'on peut rêver d'avoir : un mec dont j'étais folle amoureuse, une grossesse en route, un bon job plutôt bien payé à la tête d'une bonne équipe.

Et pourtant, je ne me sentais pas à la bonne place.

J'étais en parallèle comédienne et prof de théâtre à l'école Florent, où j'avais été élève durant 3 ans.

J'avais le sentiment de n'être jamais où il fallait et toujours partout à la fois.

Je cherchais ma voie, tout simplement, et je n'avais pas compris que j'étais tout simplement une de ces personnes aux multiples potentiels qui s'épanouissent en menant de front plusieurs activités.

Je me croyais dispersée, dissipée, peu experte, peu attentive, superficielle, facilement lassée.

Je me suis découverte tenace, passionnée, convaincante et même... Talentueuse.
Je viens d'écrire et d'effacer ce mot 5 fois, tant il me semble difficile de l'écrire à propos de soi-même.
Mais je crois que c'est exactement cela, que j'ai envie de vous dire aujourd'hui.
Qu'on a le droit de voir le talent en soi.
Qu'on se le doit même, d'ailleurs, tant c'est cela qui nous permet de nous rendre nous-même heureux et épanoui, tant c'est cela qui nous permet de surmonter tous les obstacles.
Surtout nous, les femmes, toujours si promptes à se déprécier et à s'imaginer pas à la hauteur alors que nous le sommes largement.
Que le seul impossible que l'on rencontre est celui que notre propre esprit nous impose.

Voilà exactement ce que j'aime passionnément, avec l'écriture : me voilà au matin des 6 ans de mon blog, écrivant ici pour la première fois depuis des mois et parlant à peu près de l'inverse de ce que j'avais imaginé.

En 2010, je suis tombée enceinte.
J'ai ouvert ce blog.
J'ai été lue, beaucoup.
J'ai accouché.
J'ai été encore plus lue.
J'ai été contactée par Larousse.


En 2011, j'ai écrit mon premier livre, "Le Journal de Moi...Enceinte".
Vendu aujourd'hui à plus de 20000 exemplaires et paru en 4 langues.
Je n'en reviens toujours pas.

En 2012, j'ai quitté mon poste de directrice de crèche, à peine 3 mois après mon retour de congé parental.
Mon 1er livre est sorti, quelle émotion immense et indescriptible.
Quelle fierté.
J'ai fait mon coming-out et certain(e)s ont bien ri de découvrir que j'étais infirmière puéricultrice et directrice de crèche jusqu'alors, avec tout ce que j'avais pu écrire sur la grossesse et la suite sans en cacher le revers de la médaille, ni avec un langage toujours au top de l'élégance.
J'ai monté ma boîte de community management.
J'ai écrit mon 2ème livre, "Le Journal de Moi...Maman".
J'ai eu l'idée de CoworkCrèche, et la certitude immédiate et absolue que c'était ÇA que je devais faire, bientôt, vite, urgemment, un peu comme une mission divine, ce qui est pour le moins comique pour une profonde athée, mais quand j'y pense c'est cette foi incommensurable qui m'a permis de surmonter tellement d'obstacles que je n'en reviens toujours pas quand j'y repense.
J'ai créé l'association CoworkCrèche le 26 novembre 2012, pour qu'elle ait la même date d'anniversaire que ma fille.


En 2013, j'ai cru mourir de chagrin en quittant le père de ma fille.

En 2013 je suis re-née, mais j'ai continué à m'appeler Muriel, ce qui n'est finalement pas beaucoup moins ringard que Renée, mais qui a le mérite d'être mon prénom.
J'ai écrit mon 3ème et mon 4ème livre, "Le Guide de l'Allaitement en 150 questions" et "Le Guide de Survie à l'Usage des Frileuses", tandis que "Le Journal de Moi...Maman" voyait le jour pour de vrai.
Pas tout à fait le même registre, j'en conviens.
Mais c'est exactement qui je suis : je suis plusieurs dedans.
Mais je vais bien, hein, on s'entend toutes très bien.
Soyez aimables de ne prévenir aucun établissement psychiatrique, on n'a vraiment pas le temps d'être internées.

En 2014, j'ai tout lâché.
J'ai fermé ma boîte de community management, parce que j'avais une mission : monter CoworkCrèche.
Je me suis battue. La foi au ventre.
J'ai frappé à toutes les portes, harcelé des élus, eu envie de stranguler légèrement quelques banquiers avec leurs cravates ou mes bretelles.
J'ai songé à écrire un recueil des pires phrases entendues par les entrepreneurs, mais ça aurait été trop long.
J'ai emprunté de l'argent partout où j'ai pu.
J'ai trouvé le lieu de mes rêves, puis je l'ai perdu.
Puis j'ai trouvé mille fois mieux.
J'ai appris que quand ça ne marche pas, c'est parce qu'il y a mieux derrière.
J'ai appris que quand on se bat, on gagne.
C'est juste souvent plus long que prévu.
Parfois, beaucoup plus long.
J'ai appris à être patiente sans pour autant perdre en motivation.
Je suis devenue une marathonienne, un peu, avec quelques - dizaines de - kilos de plus.


En 2015, j'ai ouvert CoworkCrèche.
Je me demande si ce n'est pas la chose dont je suis la plus fière de toute ma vie.
J'ai sombré dans l'horreur et l'incompréhension deux fois, le 7 janvier et le 13 novembre.
La plus belle année de ma vie.
La plus triste année de ma vie.
En même temps.
J'ai vacillé, tangué, questionné, pleuré.
J'ai ri.
J'ai lutté, encore.
J'ai cherché un sens à tout ça.
Et j'ai pris des billets pour Bali, où j'ai trouvé mes réponses.


En 2016...
J'ai fait le plus beau voyage de ma vie.
Bali, le jour, la nuit.
Comme la terre où j'étais attendue.
J'ai ressenti ça, déjà, parfois.
En Afrique, en Corse.
Jamais si fort, peut-être, il y a tellement de magie à Bali.
C'est là que je me suis retrouvée.
Trouvée.
Avec le meilleur de celle d'avant, et le meilleur de celle de maintenant.
Et il y aura encore bientôt tant à dire et à écrire à propos de 2016.

J'écris des lignes et des lignes et je n'en suis pas encore à écrire ce pour quoi j'ai ouvert mon ordinateur il y a une heure.

Je veux dire MERCI.

Ma gratitude est infinie.

Envers vous tous.

Ceux qui m'ont lue depuis le début, ceux qui me lisent depuis peu.
De votre soutien, sous toutes ses formes.
De vos retours.
De votre amour.

De vos encouragements.

Vous êtes pour beaucoup dans le long chemin qui m'a menée à avoir confiance en moi et en ce que je donne au monde.

Ceux qui ont bitché, sur moi, sur mes livres, sur mon blog, ceux que j'ai déçus, ceux qui m'ont trollée :
C'est peut-être vous que je devrais remercier le plus.
De m'avoir fait tant grandir.
De m'avoir appris à ne plus être touchée le moins du monde par cela.
De m'avoir remuée là où ça faisait mal, et de m'avoir poussée à chaque fois à me regarder en face pour m'avouer où ça appuyait, et sortir de ma carapace.
D'avoir fait parler de moi et de m'avoir du coup littéralement propulsée dans les bras de mon éditeur.


Ceux qui ont acheté mes livres.
Vous devez le savoir, les droits d'auteur, quand on n'a pas écrit Harry Potter, c'est pas le truc qui nous rend subitement assujetti à l'ISF.
Mais après 4 livres et 4 publications, cela fait son chemin, et ce sont mes droits d'auteur qui nous emmènent à Bali cet été ma fille et moi.

J'ai une reconnaissance infinie envers ce que m'a offert l'univers pour avoir ouvert cette petite porte, le 8 avril 2010.

Jamais je n'aurais imaginé faire un tel pas vers autant de bonheur ce jour-là.

Un si grand pas vers moi.

MERCI, à vous tous, mille fois, et à moi, aussi, d'avoir fait les choix justes pour moi, même quand ils étaient pourtant si difficiles à faire.

Je vous en souhaite à tous, sans exception, autant, et même plus.

C'est sur cela que j'ai envie d'écrire à présent :

Je ne sais pas encore quand, comment ou sous quelle forme, mais très bientôt, j'essayerai de transmettre au mieux le cadeau que j'ai reçu.

MERCI.

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