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Il y a 6 mois, déjà, que je partage ma vie avec l'étrange créature qui dort une paluche sur ma trousse de maquillage, une patte de girafe quinquagénaire dans la bouche ou un drap kitsch sous le boule. Enfin, quand elle dort bien entendu.

Il y a 6 mois, jour pour jour, Miss Bordel entrait avec perte - des eaux - et fracas dans notre vraie vie à nous. Et dans la vie virtuelle de certains d'entre vous. Après quelques heures d'inquiétude et une nuit blanche, un déclenchement et 4 poussées plus tard - je savais qu'un jour ça me servirait VRAIMENT d'avoir fait de l'aviron - j'attrapais ma fille, la posais contre mon ventre et pleurais de joie de la rencontrer et de soulagement de ne pas l'avoir perdue pendant cette dernière ligne droite un peu mouvementée, sous les yeux de mon homme paralysé de réaliser ce qui venait d'éclore sous ses yeux. Car, au final, beaucoup ont "suivi mon accouchement en direct", mais personne ne sait vraiment comment il s'est passé. Il y a 6 mois j'apprenais ma futilté d'avoir cru qu'un nouveau père serait frappé de voir sa femme sous un jour peu flatteur, et de n'avoir pas imaginé une seconde l'admiration et l'amour en plus que pourrait provoquer chez lui le spectacle de l'accouchement - enfin, chez le mien hein, qui était du bon côté du rideau...

Quand je fais défiler très vite les photos de mon iPhone, il y a plein de couleurs depuis ce 26 novembre 2010, et du terne avant.

Ca résume assez bien.

Pourtant, je trouvais ma vie bien remplie, avant, presque parfaite. Je me demandais comment j'allais pouvoir faire une place à un bébé, à ce bébé. J'angoissais de tout ce à quoi je devrais renoncer. A entendre mes potes parents m'énumérer toutes leurs galères, je pensais qu'ils n'osaient tout simplement pas me dire qu'ils regrettaient leur choix, genre:

"Non, tu vois, c'est vrai que j'aurais pu éviter l'amputation des 4 membres, mais je ne regrette pas, si c'était à refaire je n'hésiterai pas une seconde à plonger à nouveau dans la pisicne aux requins, c'est tellement kiffant de piloter un fauteuil électrique avec la bouche !"

J'ai été bouleversée pendant la grossesse, écorchée vive. Sans doute ce qui m'a aidée à être plus solide à son arrivée, et à traverser le tunnel des nuits sans sommeil, des tripes à l'envers au moindre pleur ou nez bouché, des bouffées d'amour, des envies de prendre l'air, d'un coup, puis de la revoir, tout de suite. J'ai compris mille choses. J'ai baissé ma garde. J'ai accepté que mon mieux ne soit pas la perfection. J'ai appris la douceur. J'ai arrêté de jouer à la dure. Je suis devenue chamallow, chabada, goulbi-goulba. Elle m'a - presque - désamorcée. Toujours moi, en mieux. Mi-Fukushima, mi-Woodstock.

Je suis mère, bordel. Et je suis comme les autres - moi qui ai horreur de ça, être comme les autres - il me faut bien l'admettre, une mère comme les autres, in love, complètement tombée raide sous les yeux de ce bébé sorti de moi et déjà exactement comme je l'imaginais, ce bébé que j'ai envie d'engueuler pendant une fraction de seconde quand il me mord le nibard mais dont la petite moue un peu garce me fait fondre en dedans. Il y a 6 mois je dormais la nuit, je ne me faisais pas chier à faire des mini-plis dans des mini-fringues, personne ne collait des doigts griffus dans mes yeux ou dans ma bouche, encore moins ne m'arrachait les cheveux pour les bouffer, personne ne me chiait dans le décolleté ou dans la culotte dès le réveil - véridique, les deux - personne ne badigeonnait des bavoirs de purée de légume comme si c'était un enduit de rebouchage. Il y a 6 mois, je faisais des repas de plus de 4 minutes chrono, et je ne passais pas mon temps à être en mouvement 100% du temps pour bercer un bébé fan d'action. Il y a 6 mois, j'étais belle, j'étais libre, sereine et oisive.Je faisais ce que je voulais quand je voulais et surtout, surtout, je ne faisais parfois rien. Et qu'est-ce que c'était bon.

Mais alors quelqu'un peut me dire pourquoi j'ai l'impression qu'avant ma vie c'était de la merde, bordel ??!

 

Miss Bordel Barbie Sumo, adorable petite chieuse boudinée, j'te kiffe ma race.

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