C'est la phrase entendue récemment par une vieille connaissance pro de ma vie "d'avant" croisée par hasard...

J'ai souri.

Je venais de lui dire que j'avais une petite fille de 21 mois, et il est vrai que j'ai tellement longtemps clamé à quel point je ne voulais pas d'enfant que sa réaction ne m'a pas surprise : "C'était pas gagné !", qu'elle a dit.

Mais elle a ajouté "Tu étais tellement triste !"

Triste ?

Là, je me suis dit qu'il devait y avoir un malentendu.

"J'étais triste, ah bon ?"

Non, je n'étais pas triste quand je croyais ne pas vouloir d'enfant, je donnais et recevais autrement, tout simplement, c'était un autre temps, une autre ère.

Puis j'ai réalisé qu'il y avait comme une légère faille spatio-temporelle.

Les deux dernières fois que nous nous étions vues, elle et moi, c'était bien plus récemment, bien après ma très, très longue phase no kids, pour un projet sur lequel elle m'avait consultée.

 

Au premier RDV, j'étais enceinte, pile 15 jours après avoir arrêté la pilule.

Au second, quelques semaines plus tard, je venais tout juste de faire une fausse couche.

 

1007579-Spermatozoides_et_ovule.jpgSource : Encyclopédie Larousse (ben ouais, Larousse quoi !!!)


Tu m'étonnes que j'étais triste. D'ailleurs, c'était pas moi qui étais triste, c'était mon corps, moi j'étais juste au bout, accrochée à lui, à le suivre.

"Ah mais je venais de faire une fausse couche, non ?"

"Oui, c'est ça ! D'ailleurs ma collaboratrice et moi on s'est dit : c'est quand même affreux d'être directrice de crèche et de ne pas pouvoir avoir d'enfant !"

A l'époque, j'avais senti un vent de condescendance glacial de leur part, sans réussir à l'identifier, à le comprendre, mais je ne cherche pas à décoder forcément mes intuitions, les rationaliser m'empêcherait de les écouter...

Je ne les ai juste pas rappelées, elles non plus.

3 mois après, je tombais enceinte "pour de vrai" de ma Miss Bordel magique, et j'ouvrais ce blog dans la foulée, où j'ai toujours voulu parler librement de cet épisode que beaucoup traversent malheureusement dans le silence, la honte, la culpabilité et/ou un sentiment diffus de manque de performance.

J'estime avoir eu beaucoup de chance.

Les fausses couches, je considère que quasi tout le monde a la sienne (Edit : c'est une idée que j'ai, pas une vérité scientifique, et je pense là aux FC précoces, avant 12 SA, comme le fut la mienne, que personne ne panique !), et avoir eu ma fille pile un an après avoir arrêté la pilule me semble être une chance insolente, que je souhaite à tout le monde, sans la case fausse couche si possible, évidemment, mais ça fait partie des aléas - pourris - de la vie dont il vaut mieux avoir eu connaissance avant de les traverser...

Alors je m'interroge :

Si, à propos d'une maternité aussi "facile d'accès" que la mienne, on prononce des maux (je laisse ce lapsus écrit, il est trop énorme...) aussi définitifs, durs et lourds de sens que "c'était pas gagné" ou "c'est si triste de travailler avec des enfants et de ne pas pouvoir en avoir", que dit-on à propos de celles et ceux pour qui c'est plus difficile ?

Si mon parcours, classique et banal, m'a valu de porter, ne serait-ce que quelques semaines, une étiquette d'infertile, qu'assène-t-on à d'autres ?

Je considère que tous les mots dits (les maudits ?) à propos des gens sont entendus par eux d'une façon ou d'une autre, qu'ils pèsent sur eux, qu'ils laissent des traces.

Quand on sait à quel point la fertilité et l'esprit sont souvent intimement liés, je me dis qu'il serait grand temps d'alléger ce qu'on fait peser sur les mères : celles qui le sont déjà, celles qui ne le sont pas encore, celles qui aimeraient l'être à nouveau, celles qui le deviendront par quelque moyen que ce soit, et sur les pères aussi - bien que j'ai l'impression, peut-être à tort, que la pression est moins forte sur leurs épaules - et de faire attention aux mots-maux qu'on envoie planer en orbite au-dessus de leurs têtes.

J'en profite pour dédier ce billet à deux parents qui accueilleront très bientôt leur premier bébé, et qui sont les preuves vivantes qu'on peut défier tout ce que l'univers, la société et les autres pensent savoir de notre fertilité...

Pour eux, c'est - presque - gagné, et j'en souhaite autant à tous ceux qui se battent pour que leur tour arrive enfin.

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