Suite et fin de l'article d'hier...

 

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"Ah mais je ne sais pas si vous allez pouvoir accoucher ici".

Ma gorge se serre.

Homme me regarde, je le sens se raidir, se dire "oh putain elle va la mordre".

Je me ratatine de l'intérieur, mais je reste digne.

Je ravale les larmes que je sens monter, je n'ai pas envie de craquer devant une personne si froide, peu empathique et imbue d'elle-même.

"Vous savez, on est une maternité de niveau 1 ici, on ne prend pas en charge les grossesses pathologiques".

La BITCH.

"Ca n'est absolument pas une grossesse pathologique, je suis en pleine forme, et jusqu'ici mon bébé aussi".

Elle sent le vent tourner.

Elle a vu que la bécasse dopée aux hormones qui est rentrée dans son bureau il y a quelques minutes est en train de se laisser pousser dents et griffes...

"Non mais ne vous inquiètez pas, ça passera sans doute, on présente votre dossier au staff et on vous appelle pour vous dire ce qu'il en est"

"Ah... Ok... Et c'est quand, le staff ?"

"Demain".

Ok. Quoiqu'il me tombe sur le coin de la gueule, je serais vite fixée.

Elle change de sujet et me demande si je veux allaiter.

"Oui"

J'ai un élan fort dans le coeur et je rajoute "J'en ai très envie".

Elle lève un sourcil réprobateur, me dévisage: "Ah bon ?" dit-elle.

Je tente une blague, pour me détendre moi-même "Oui, n'en déplaise à Elisabeth Badinter, je suis active, féministe, et j'ai néanmoins très envie d'allaiter".

La guerre est déclarée.

"Elisabeth Badinter, je la CONNAIS, et je l'admire" qu'elle me sort.

Elle pourrait connaître le Pape ou Mickaël Jackson, je m'en tape !

"Moi aussi, je l'admirais, jusqu'à ce que je lise son dernier livre, vous l'avez lu ?"

"Non, mais je la CONNAIS"

Homme se râcle la gorge, il n'essaye pas d'intervenir, nous sommes lancées et il le sait...

"Bah lisez son dernier livre, et on en rediscutera"

"Elisabeth Badinter est une intellectuelle et une philosophe. Elle érige des concepts. Vous ne parlez sans doute pas le meme langage"

Euh je rêve ou elle vient ouvertement de me traiter de conne avec tellement de mépris qu'elle imagine que je n'ai pas compris...?!

"Intellectuelle et philosophe avec 10% de part de marché chez Nestlé et idem chez Publicis, ça laisse rêveur quand on remet en cause l'allaitement maternel ! Et ne pas adhérer à une pensée, ce n'est pas ne pas la comprendre, jusqu'à preuve du contraire...!"

L'hostilité est palpable.

On renonce toutes les deux en même temps, c'est un cul-de-sac et ce n'est pas le propos.

De toute façon aucun terrain d'entente n'est visiblement possiblen quel que soit le thème abordé entre nous...

Elle me présente à contre-coeur la plaquette des différentes préparations à l'accouchement que proposent les Bluets, si vite qu'on ne sait plus où il faut appeler tout de suite et où il faut attendre septembre.

Ce moment désagréable touche à sa fin, nous sortons, nous nous saluons glacialement.

Dehors, je manque de m'embrouiller avec Homme, il essaye de relativiser en me disant qu'elle était maladroite, je soutiens qu'elle était malveillante et hautaine.

Je suis sous le choc.

Je rentre à la maison et je fonds en larmes, je me couche à 18 heures.

Je ne dors évidemment pas.

Les Bluets c'était mon premier repère dans cette grossesse, avant même de savoir si elle allait se poursuivre, je savais où elle s'achèverait.

Je suis triste et en colère, j'ai le sentiment d'avoir été maltraitée, que mon dossier va passer en staff et que je vais me faire saquer, pire qu'un conseil de classe malveillant...

Elle n'a même pas voulu prendre une copie de mon dossier cardio "non non c'est bon j'ai noté ce que j'avais à savoir"

 

Le lendemain matin, Mardi 15 Juin, j'ai une réunion importante et matinale.

Pendant la réunion, je ne me sens pas bien, j'ai des vertiges, des palpitations.

Je m'inquiète, je me dis que si ça se trouve elle a raison, je suis malade, j'ai un truc horrible au coeur et ça fait plus de 10 ans qu'on me ment.

Un collègue me regarde "Fais attention, tu saignes du nez".

Je ne saigne jamais du nez.

Je prends un rendez-vous par mail avec mon généraliste pendant la réunion (ouais, c'est un médecin aussi adorable que moderne).

9h30.

Mon téléphone sonne.

Je sors de la réunion en courant, je m'isole pour décrocher.

"Bonjour, c'est le Docteur A, médecin coordinateur des Bluets".

 

Je la laisse parler, au ton de sa voix, j'ai déjà compris.

Je fonds en sanglots incontrôlables.

"Bon, on ne pourra pas vous faire accoucher chez nous, vous comprenez, on ne prend pas de risque, on est une maternité de niveau 1, et..."

Je la coupe. Je la sens se justifier, elle est mal à l'aise.

Je me fous de la pourrir ou de lui en vouloir, ce n'est pas le moment, je veux juste savoir ce que je vais devenir, quel suivi je peux espérer, où vais-je avoir une place à 4 mois et demi de grossesse, où vais-je faire ma préparation à l'accouchement, etc...

"Très bien, je comprends, mais où je vais accoucher ?!"

"Le mieux c'est à la Pitié, ou à Saint-Antoine, ils ont un très bon service de cardiologie."

C'est donc ça, je suis vraiment malade et personne ne me l'a dit.

Je vais mourir d'un arrêt cardiaque à l'accouchement.

Ou on va me faire une césarienne d'emblée pour que je ne risque rien.

"Je préfère Saint-Antoine"

"Bon, Saint-Antoine, ils ferment d'ici un an, alors bon c'est pas dit qu'ils aient des places m'enfin... On vous rappelle ! Bonne continuation !"

Je ne sais pas si c'est les mots qu'elle choisi, le ton de sa voix, ou un mix de tout ça.

Mais je sais qu'on ne me rappelera pas.

Et je sais aujourd'hui que je ne m'étais pas trompée.

Car je n'ai jamais eu de nouvelles.

J'essaye de me calmer, je rentre dans la salle de réunion, m'excuse  et rassure mes collaborateurs entre deux sanglots, furieuse qu'on me voit comme ça au boulot, surtout que je suis la seule femme présente.

L'après-midi, je vois mon généraliste, je suis sous le choc.

Je lui raconte l'histoire, en larmes.

Mon malaise du matin était sans doute une forme de crise d'angoisse, mêlée à la fatigue.

Il décroche son téléphone.

En quelques phrases, il m'obtient un rendez-vous pour m'inscrire le lendemain matin.

C'était donc si simple.

Cette chose si simple que le médecin coordinateur aurait pu faire.

Je suis accueillie à Saint-Antoine à bras ouverts.

Ils sont outrés de mon histoire et me chouchoutent d'autant plus.

Deux semaines après, je rencontre une jeune sage-femme, souriante, douce, compétente et pêchue.

Les locaux sont moches, c'est vrai, mais l'accueil au top.

Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences...

De plus, ils ont doucement ri en voyant mon dossier cardio.

"Non, on ne vous enverra même pas en consultation cardio, tout va bien, un bloc de branche droit, ce n'est rien, rassurez-vous, c'est très fréquent !"

I love Saint-Antoine.

I love l'AP-HP.

I love le Service Public.

 

Un mal pour un bien, c'est donc ça ?!

 

Et vous, vos expériences avec les maternités, ça dit quoi ?!

 

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