C'était déjà bien avant les beaux jours, au coeur du froid.

Bien avant les discours du moment qui font mal, les intolérances répétées dans lesquelles je ne me reconnais pas.

Parfois on a envie de rentrer dans le lard pour dire ce que l'on en pense, et parfois on a juste envie d'ailleurs, on aime s'accrocher à l'idée - l'illusion ? - qu'ailleurs l'air est plus doux, l'herbe est plus verte, l'autre est sans haine.

Je ne parle de rien en particulier, de tout en général.

D'un climat global.

De ces nombreux haineux de tous bords, de ceux qui nous donnent parfois envie d'un break dans la lutte.

De ceux qui nous donnent parfois le sentiment d'être des millions de cons prêts à se lever pour répandre leur venin.

Parfois, on a juste des envies d'ailleurs.

De souffle chaud dans son cou, de sable blanc qu'on regarderait glisser entre ses doigts à longueur de journée.

De zéro wi-fi.

D'être en famille, ou peut-être juste seule, peut-être juste avec soi-même avec l'absence mordante de ceux qu'on aime, l'absence qui rend encore plus vivant.

L'absence qui croque.

 

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J'ai des envies d'ailleurs.

Des envies de partir seule sans avoir le sentiment d'avoir largué mon coeur à l'aéroport.

Partir seule, et loin, sans avoir le sentiment qu'une partie de moi n'est pas à bord.

Est-ce possible, quand on est mère, de partir seule encore, comme on le faisait avant ?

Est-ce possible, encore, d'aller de Lomé à Ouagadougou à 18 dans ce taxi brousse 9 places ?

Est-ce possible, encore, de prendre le guidon d'un taxi moto à Cotonou et de faire la course, comme des tarés, sans casque, dans la moitié de la ville ?

Est-ce possible de s'envoler pour Saint-Domingue avec une angine blanche de compétition et 40° de fièvre parce qu'on s'en fout, ça ira mieux là-bas ?

Est-ce possible de poser son sac à Bamako, de s'arrêter là plusieurs mois, comme si on était chez soi, et d'y rencontrer des gens qui deviennent une partie de notre famille ?

Est-ce possible de partir comme 2 soeurs en Tunisie, d'en revenir à 5, et de ne jamais plus se quitter vraiment ?

Est-ce possible de s'échapper en Turquie, sur un coup de tête, des petites vacances sans prétention de dernière minute, et d'y trouver des vacances incroyables, des êtres renversants ?

 

Est-ce encore possible, lorsqu'on est mère, de partir seule, comme si on ne l'était pas ?


Je garde ces souvenirs contre mon coeur, comme ceux d'une autre enfance, d'un temps où je travaillais quelques mois, juste le temps d'avoir à nouveau assez d'argent pour partir plusieurs semaines, plusieurs mois. 

Je ne peux pas dire que je n'ai pas la nostalgie de ce temps-là, aurais-je pour autant voulu qu'il dure éternellement ?

Et partir avec Elle...

La voir rire, réclamer la plage, s'étonner de tant de nouveautés.

"Maman, tu m'achèteras une bouée, comme Dora l'exploratrice ?"

Hurler quand elle voit une bête, la rassurer quand moi-même j'ai envie de me barrer en courant.

La voir sauter de joie, se lever encore plus vite que chez nous, pour dire "maman, on va à la piscine ?"

Mon Amour, Maman ne sait pas choisir entre se barrer seule au bout du monde, juste pour se retrouver un peu, se rencontrer encore, comme une vieille amie à qui on regrette de ne pas avoir téléphoné plus souvent ces dernières années, et te kidnapper avec elle pour voir ton visage entier s'éclairer chaque matin.

Maman ne sait pas choisir, car pour l'instant elle n'a pas tellement le choix.

Le CHOIX. Une vraie souffrance, quand on veut TOUT, comme ta mère qui se l'avoue enfin.

Mais bientôt, quand elle aura bouclé ses 45676 projets, maman t'emmènera au bout du monde et prendra quelques instants, te laissant dans la douceur des bras de ton père, le temps que vous fassiez une sieste dans la chambre d'hôtel, pour faire comme si elle était toute seule sur une plage de rêve, souriant du bonheur de savoir à quel point ce n'est pas vrai...

 

Avec ce billet, une pensée full of love à Joëlle, Madany, Claire, Clovis, Axelle, Audrey, Sandra, Marielle, Stéfou, Carine, Mohammad, mes compagnons d'aventure d'un jour, parfois du bout du monde, puis d'une vie.

Mes amis aujourd'hui presque tous parents, vous souvenez-vous à quel point nous n'étions que des enfants il n'y a pas si longtemps ?

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