Hier, je ne sais pas ce qui m'a pris.

Une de ces envies irrépressibles que j'ai, donc, par définition, décidé de ne pas tenter de réprimer.

Un saut en territoire ennemi.

Une mission de reconnaissance.

 

En voiture, conduisant toujours comme si j'étais toute seule dans mon corps, je passe devant cette boutique de quartier blindée de berceaux, poussettes, et autres accessoires hors de prix, un truc genre "Tout pour bébé" ou autre "Rêve de bébé".

10 mètres plus loin, une place.

Avant même toute intervention cérébrale, j'étais garée-frein à maintée-ceinture détachée.

 

Bon. Soit.

Respire. Assume.

Après tout plein de gens rentrent dans ce genre de boutique tous les jours et on n'en entend jamais parler, c'est qu'il ne doit rien s'y passer de grave.

Ou qu'ils disparaissent à jamais sans laisser la moindre trace, hypothèse que je préfère ignorer.

 

Je descend de voiture, je traverse.

Comme c'est mon quartier et que je dissimule toujours à la plupart des gens ce qui est déjà limite impossible à cacher, je zieute que je ne connais personne aux abords de la dite boutique.

Nobody en vue, terrain dégagé.

"Copy that" comme dirait Jack Bauer.

 

Je rentre en priant pour que personne ne me demande ce que je veux, puisque je n'en sais foutre rien, et que j'hésite entre shopper en apnée en serrant mon restant d'abdos, ou basculer le bassin en me caressant béatement le ventre.

J'opte pour le naturel, de toute façon je porte une jupe de grossesse en jean H&M Mama que toutes les pondeuses doivent avoir, donc, je suis grillée.

 

Je repère un joli berceau rond qui prend une place indécente et qui coûte plus cher que le matelas sur lequel je dors et la peau de mon cul réunis, je me détourne donc immédiatement.

 

Pour me retrouver nez à nez avec des poussettes dont les poignées n'ont visiblement pas été étudiées pour épouser délicatement les paumes de mes mains sans que mon mètre soixante quinze à talons ne soit contraint de se courber d'une façon non seulement fort disgracieuse, mais également de fort mauvais augure:

Si on commence à se courber devant son mioche alors qu'il est même pas foutu de lever la tête de sa poussette, on est dans la merde à vie.

 

J'ai découvert qu'on pouvait être à 8 mois de grossesse et ne pas savoir qu'il faut laver des vêtements neufs avant de les mettre à un nouveau-né (han la conne trop la honte ouhhh la mauvaise mère trop nuuuuuuuuulle) et j'ai également définitivement décidé que cet univers n'était pas pour moi.

 

Internet m'évitera d'entendre les conseils débiles de vendeuses à la voix compatissante et haut perchée, parce que moi, JE SAIS qu'il faut laver les fringues avant, et plein d'autres trucs aussi, et je préfère me planter toute seule que d'entendre ça de la bouche de connes.

 

Néanmoins, histoire de leur dire que "moi aussi j'en suis mais j'ai pas perdu mon âme pour autant", je me suis acheté une bricole:

Future maman à bord

C'est pour mettre sur ma voiture.

 

Ce qui est très con, puisque je ne pense pas que mon employeur apprécierait d'apprendre la nouvelle en la lisant sur ma lunette arrière, mais bon, collé sur mon front, ça finira peut-être par me faire réaliser ce qui m'arrive...

 

En priant pour ne jamais avoir cette coupe, ni des mains à 3 doigts.

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