"Bonjour, Docteur, j'ai un problème."

"Oui, allongez-vous là sur le divan Madame, je sens que c'est du lourd. Prenez vos aises on en a pour un bon moment je pense. Dites-moi tout."

"Alors voilà : Lundi, c'était l'anniversaire de ma fille. Elle a eu deux ans. Je lui ai acheté 2 cadeaux, en me disant qu'elle en aurait déjà tellement de ses grand-parents, de ses oncles et tantes, et idem à Noël. Mais, le jour J, j'ai eu une angoisse subite. J'ai trouvé qu'elle n'en avait pas assez. Que le tout n'était pas assez grandiose. Que je ne lui montrais pas assez à quel point ce jour était incroyablement hors du commun puisque CELUI DE SA NAISSANCE, voyez-vous ?"

"Hum hum... C'est bien ce que je craignais. Y a du taf, Madame. Un sacré taf. Bonjour le bordel dans votre tronche..."

  Voitures-Miss-Bordel.png

Voilà ce que j'aurais pu raconter à un psy suite à l'anniversaire de Miss Bordel.

Lundi, escapade en famille. J'ai racheté au moins 5 cadeaux le jour J, que je lui aurais donnés illico si Père Bordel ne m'avait pas un brin recadrée. "Non mais t'as rien compris, je lui achète pour Noël, pas pour son anniversaire !" MENTEUSE.

JE SUIS UNE MENTEUSE.

Je voulais tout lui donner.

Passer ma journée en "WOUUHHHHH c'est ton anniversaire !!!!!".

Sauf que dès le matin elle m'a dit "Arrête maman !".

Elle n'a pas kiffé le "joyeeeeeeeux anniiiiiiiversaire" hystérique au saut du lit.

Faut dire que je trépignais depuis 1h, attendant qu'elle se réveille pour la célébrer.

Sur ce coup-là, je n'ai pas envie d'aller chercher dans mon enfance de quoi j'ai terriblement manqué, ou au contraire à quel point j'ai été pourrie gâtée pour avoir un besoin presque viscéral de la couvrir de cadeaux.

Est-ce que je suis la seule tarée à avoir envie de lui acheter les jouets de la terre entière ?

Est-ce que je crois que mon amour, sa confiance en elle, vont se mesurer à la taille et au nombre de cadeaux que je vais lui offrir ?

Je sais que trop, c'est "mal", dans le sens où c'est une souffrance terrible de n'être jamais satisfaite, de vouloir toujours encore plus - je sais de quoi je parle - mais est-ce lié au nombre de cadeaux qu'on reçoit ?

Est-ce que cela ne provient pas d'autre chose ?

Et si c'était cela qu'il fallait faire, leur donner tout ce qu'on a envie de leur donner, tant qu'on le peut, des fois qu'on ne puisse plus demain ?

Faut-il donner le strict minimum tout le temps au cas où le maximum viendrait à manquer ?

Et si ce n'était pas si mal de les gâter, comme Marlène Schiappa l'évoque dans le brillant "Eloge de l'enfant roi" dont j'ai envie de vous parler ici depuis des mois ?

Je n'y vois pas clair, je suis un peu perdue, frustrée de ne pas l'avoir couverte de cadeaux, heureuse de l'avoir vue tellement profiter de ceux qu'elle a eu...

Ambivalente, again... Mère, quoi. Bordel.

 

Et vous, c'est quoi votre rapport aux cadeaux, comme parents maintenant, et comme enfants hier ?

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