DipticQue ce mot est laid.

« Nullipare ».

Ce qui est surtout laid c’est d’entendre une partie de nullité dans la non-maternité !

Mais c’est plus court que « celles qui n’ont pas d’enfants », je le concède.

Faudrait quand même envisager de trouver un autre nom, non ?

Quand je faisais encore partie de celles qui ne sont pas mères, il n’y a pas si longtemps, et quand je ne voulais pas en faire partie, mais ça c’est déjà un peu plus vieux, je n’aimais pas du tout cette espèce de fossé qu’on voulait creuser entre les mères et les pas mères.

Cette sorte de truc autour du « moi j’ai fait le Viêtnam, et pas toi » me semblait très exagéré, et travaillant à l’époque auprès de familles et de tout-petits j’avais vraiment l’impression de pouvoir saisir ce que la maternité impliquait par  un combo empathie + proximité géographique.

Et puis j’ai emprunté à mon tour le long tunnel du devenir mère.

J’ai balayé un paquet de certitudes, fait des nœuds à des principes, et je suis tombée dans des pièges qui me semblaient tellement gros vus de l’extérieur que j’étais persuadée qu’ils ne me concerneraient jamais.

Quand j’étais enceinte, dans mes moments de crise d’angoisse existentielle autour de « mais pourquoi je deviens mère, bordel ??! », je passais du temps sur Facebook à regarder les photos de très jeunes mères.

Ce visage heureux, tiré, épuisé, un gniard tout neuf dans les bras, VS les photos de 2008, 2009, etc… où la jeune mère, alors peut-être même à mille lieues d’imaginer qu’elle s’y mettrait bientôt, était toute fraîche, souriante, pimpante, prenant la pose dans des paysages de rêves lors de vacances au bout du monde.

Et ça me terrifiait.

Elles semblaient avoir perdu une certaine fraîcheur – je réalise à présent que la perte de fraîcheur est inévitable mais néanmoins transitoire – et pourtant très heureuses.

Mais pas que.

Quand ça a été mon tour, j’ai renoncé à la fraîcheur pour un paquet de temps, je me suis épaissie, densifiée dans tous les sens du terme.

Et ce que j’ai perdu, en effet, c’est ma légèreté.

Dans tous les sens du terme, again.

Mon innocence.

J’ai les sourcils froncés plus qu’avant, parce que ce qui compte désormais pour moi plus que tout est en dehors de mon corps.

Et c’était assez facile quand le plus important, c’était mes miches.

Quand ce que j’avais à faire d’essentiel dans une journée, c’était de savoir dans quel jean j’allais les coller.

J’exagère un peu, je n’étais pas moins superficielle en version sans mioche.

Mais en fait, si.

Je ne me voyais pas comme telle, mais quand je repense à ce moi d’avant, et quand je vois des photos de moi, ma légèreté et mon insouciance me frappent (et comment j’étais gaulée comme une déesse et persuadée d’être un gros boudin).

Il n’y a pas de conclusion intelligente à ce billet, je n’en tire pas d’enseignement définitif, c’est une pensée en passant, parce que je vois encore souvent ces photos qui capturent des instants avant la maternité et après, et que je vois en toutes ce que j’ai vu en moi, ce que je sens.

J’allais écrire que je regrette cette légèreté mais c’est faux, j’y songe juste avec nostalgie.

Une nostalgie qui n’a d’ailleurs pas lieu d’être, puisque je n’avais pas conscience d’être insouciante : Peut-on regretter ce dont on n’a pas conscience ?

On peut, peut-être, regretter de ne pas en avoir eu conscience…

Mais là, on va virer au sujet de philo, et on va coller le bourdon aux bacheliers de cette année qui ont encore quelques jours à vivre avant de basculer dans l’horreur de cet examen…

(Genre il y a des bacheliers qui me lisent… Comme si moi je lisais des blogs de gériatrie…)

 

Ce qui est fou, quand même, c’est que ce soit si lourd à porter, le bonheur.

 

 

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