Demain midi, je serai un des auteurs invités à donner une conférence au 27ème Salon International du Livre et de la Presse de Genève, et bien sûr à présenter et dédicacer mes bébés par la même occasion...

Quand on m'a demandé quel thème j'avais envie de présenter, j'ai pensé très vite à la parole des mères.

 

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Depuis maintenant 3 ans que je m'épanche sur la toile, j'ai eu l'occasion d'halluciner à maintes reprises sur la violence de certaines réactions face à des paroles de mères.

Qu'elles proviennent d'autres mères (souvent), de pères (parfois), ou de gens dont on ignore s'ils ont d'ores et déjà d'autre rapport à la parentalité que leur propre filiation, je m'interroge depuis longtemps sur cette interdiction tacite d'évoquer certains sujets, à peine tolérés pour le commun des mortels, carrément bannis quand il s'agit des mères.

Pêle-mêle, je crois qu'on pourrait citer :

Le sexe


Car dès qu'on est mère, bien sûr, l'utérus déborde et écrase pour de bon clitoris, point G et autre vagin.

Nous ne sommes plus que des mères, pas des femmes qui désirent, fantasment, aiment faire l'amour...

Comme tout mère qui se respecte, bien entendu !

Dire qu'on est chaudes comme une baraque à frites pendant la grossesse, ou au contraire en panne après l'accouchement, c'est difficilement acceptable.

 

 La fatigue émotionnelle et physique des mères

(titre de l'excellent ouvrage de Violaine Guéritault sur le thème)

 

Exprimer le moindre ras le bol quant à sa progéniture, c'est être une mère indigne, incapable, insuffisante.

A croire que le droit à l'imperfection s'envole avec le bouchon muqueux.

En témoigne cette charmante prose d'un monsieur en réponse à l'un de mes habituels statuts, plutôt moins trash que pas mal d'autres d'ailleurs, qui pourrait paraître anecdotique si ce n'était quotidien, voire pluri-quotidien sur Facebook. Notons l'emploi du "Ça" particulièrement gratifiant pour nous, les 299 likeuses à cet instant et moi-même...

Après, la question n'est pas "Les mères peuvent-elles tout dire sur Facebook, même lorsqu'elles se retrouvent entre elles sur une page nommée à très juste titre "Mais Pourquoi Je Deviens Mère Bordel ??!" ? " ou "L'humour est-il interdit aux mères ?", mais ça vaudrait vraiment le coup de prendre le temps d'y réfléchir aussi...

 

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Tout ce qui touche de près ou de loin à la physiologie de l'accouchement

 

Le placenta, la perte des eaux, les maux de grossesse...

On peut ressentir les maux, mais pas prononcer les mots.

Tout cela doit être passé sous silence, ainsi que la douleur qui les accompagne bien entendu, peu importe si les mères / futures mères ont besoin d'en parler justement parce que cela les dégoûte elles-mêmes, parce que cela leur fait peur, parce qu'elles en font des cauchemars la nuit.

Elles semblent ne pas en avoir le droit, ou alors entre elles, vraiment bien cachées, à l'insu de tous "les autres".

Le reste du monde ne doit pas connaître les détails de ce qui entoure la naissance de chacun d'entre nous.

On doit ignorer l'Origine du Monde...

 

Le maternage et l'éducation

 

Là, ce sont le plus souvent les mères qui semblent perdre la raison lorsqu'elles s'entendent énoncer des choix radicalement différents.

La pression d'être la meilleure semble être si forte qu'elle les empêche d'accepter que le meilleur choix pour une famille peut ne pas être le meilleur choix pour une autre.

Que le meilleur choix, pour certains, est le moins pire, et que c'est le mieux qu'ils puissent faire.

Qu'un choix différent du leur n'est pas une mise en accusation, une négation, un jugement.

C'est juste... Un choix différent du leur.

 

Le couple

 

Voilà un autre tabou que les mères - ni les pères - ne peuvent briser.

Si le couple va mal après l'arrivée d'un enfant, le couple est coupable.

De s'être mal trouvé, de ne pas avoir su que ça ne fonctionnerait pas avant de faire un enfant, de ne pas s'être battu pour "sauver" la relation.
Une mère, un père qui s'exprime sur ces thèmes, en cercle restreint ou sur les réseaux, est vite jugé, jaugé, et prié de revenir à la raison :

un couple parental est forcément un couple qui va bien, voyons !

Non ?

 

La liste des thèmes qu'il semble être bon de taire est loin d'être exhaustive, n'hésitez pas à l'allonger dans les commentaires !

 

Est-ce parce qu'on n'a pas envie d'associer notre propre mère à tout cela ?

Parce qu'en tant qu'ex-enfant, on ne peut pas accepter l'idée que notre mère a, parfois, eu envie de nous jeter par la fenêtre ?

Qu'elle a un jour perdu les eaux ?

Est-ce parce qu'on devient aussi sacrée qu'une vache indienne une fois qu'on a donné la vie ?

Ou qu'au contraire notre corps appartient désormais à la communauté ?

Y a-t-il du sexisme dans ces interdictions tacites au nom d'une pudeur et d'une dignité qui nous semblent parfois bien dérisoires par rapport à ce que nous traversons, souvent seules ?

Enfanter serait-il TELLEMENT QUE DU BONHEUR, qu'il condamnerait les mères à n'évoquer leur maternité ou leur progéniture que pour en dire le plus grand bien ?

Les gens qui sont les plus véhéments à l'égard de ces mères sont-ils n'importe qui ou des personnes pour qui la parentalité est une chose douloureuse, pour des raisons X ou Y ?

 

Voilà quelques-unes des questions que nous nous poserons ensemble, demain Vendredi 3 mai 2013 à midi, au Salon du Livre de Genève. Vous trouverez toutes les infos ici si vous êtes dans les parages, et je serai ravie de vous y croiser !

 

Et vous, ça vous parle ?

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