Il y a quelques semaines, j'avais vexé une fidèle lectrice qui ne vient plus depuis - ou qui ne commente plus depuis - parce que j'avais dit que j'étais grosse alors qu'à son avis, mes rapports poids/taille ne me permettaient pas cette affirmation.

Si mon IMC ne risque pas de me faire hospitaliser demain pour obésité morbide, en effet, j'ai 20 kilos de plus qu'avant, et ça, sans mauvais jeu de mots, personne ne peut me l'enlever.

J'ai beau faire mon mètre soizante quinze, 20 kilos, ça se voit grave. JE le vois grave. Mais d'autres aussi:

"OooooOOOOooh vous qui étiez SI svelte, avant ! Va falloir perdre tous ces kilos de grossesse maintenant !", m'a dit une mère de deux enfants à qui je ne pouvais répondre "Ta gueule grosse pute" parce que je la connais du boulot, et parce qu'elle ne l'a pas dit méchamment mais a juste pensé tout haut, parce qu'elle est maladroite, parce que ça l'a rassurée de ne pas être la seule à se sentir abîmée.

Depuis mon accouchement, il y a des hauts et des bas dans mon rapport au corps, c'est en dents de scie. Par moments, j'accepte qu'il faille du temps, je vois ce qui me plaît en moi, je m'arrange et tout va bien.

A d'autres, comme en ce moment, j'enfile dix fringues avant de fondre en larmes et de renoncer à sortir, ou de raser les murs (et le crépi, ça égratigne trop les bras dodus).

Et ça, c'est dur. C'est dur parce que ce n'est vraiment pas dans mon tempéramment de perdre la confiance que j'ai si durement acquise et c'est dur parce que je ne pensais pas prendre autant de poids pour cette grossesse, ni avoir tant de mal à le perdre ensuite. En même temps, je ne peux pas dire que je fasse grand-chose pour le perdre, sans doute parce que je réfléchis encore "comme avant" et que je pense que tout va rentrer dans l'ordre tout seul.

Et puis, je n'ai ni envie d'en faire une obsession, ni m'infliger un rythme déjà compliqué.

J'ai été superbe, et je ne le savais pas.

Je regarde des photos où je m'envie moi-même, ce qui est quand même très con.

"On ne peut pas être et avoir été".

Mais sur toutes ces photos, pourtant, moi qui me croyais alors comblée, je vois bien que je suis prisonnière d'autre chose, d'une lutte sans relâche, et bien moins heureuse que maintenant, enfin, que maintenant quand je ne suis pas dans un creux de vague.

C'est très difficile pour moi d'en parler ici, et je résiste à l'envie de tout effacer pour publier une énième connerie, mais je me fais violence parce que si ce blog a UNE raison d'être, pour moi, c'est bien de partager les choses sans tabou, pour que d'autres ne se sentent pas minables dans un coin à se dire "je suis nulle et toutes les autres s'en sortent mille fois mieux". Parce que même moi, qui crois toujours m'en sortir mieux que les autres, sur ce coup-là, je n'en mène pas large, si j'ose écrire ce mot.

D'habitude, je crois vous aider en riant, cette fois, j'espère que ça vous aidera de savoir que moi non plus, je ne ris pas toujours.

Mais je me bats pour, c'est l'essentiel , non ?

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La Madone, de Munch

Spéciale dédicace à Marie des Mamans Testent

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