Vendredi soir, je suis sortie.

Ce qui est assez dingue, vu que j'étais aussi sortie jeudi soir.

Hasard de mon calendrier social, deux dîners à ne pas manquer à 24h d'intervalle, c'est ainsi.

La sortie de vendredi m'a donné l'étrange sensation d'avoir basculé dans un autre espace-temps.

De faire un saut dans un monde autrefois conquis et aujourd'hui étranger.


Autour de nous les gens étaient très jeunes, plutôt beaux.

Je crois pouvoir dire qu'ils ne nous voyaient pas.

Nous non plus, d'ailleurs, à part durant ces quelques minutes qui ont précédé notre départ, les quelques minutes où j'ai pensé que j'avais tourné le dos à ce monde pour de bon.
Les quelques minutes où j'ai envié leur insouciance, où j'ai pu lire sur les visages l'absence de ces plis d'inquiètude qui nous marquent, nous, parents, nous, les mères.

Les quelques minutes où j'ai pris conscience que j'avais été jeune, aussi, et belle, en fait, et où j'étais pourtant tellement moins épanouie que je ne le suis aujourd'hui, malgré les plis de mon visage et ceux de mes hanches...

J'avais, à cette lointaine époque, toujours comme un pincement au coeur à l'heure de rentrer, je sortais d'ailleurs souvent jusqu'au lever du jour, ça me donnait l'illusion que je ne ratais rien.

Aujourd'hui je rentre en hâte, ravie d'une parenthèse enchantée, plus jamais dans cette attente douloureuse dans laquelle je vivais perpétuellement, dans cette quête d'un objet que je n'avais pas identifié.

Vendredi soir, je suis sortie.

Quand j'ai quitté ma bande pour retrouver ma voiture, je suis passée devant une petite librairie.

La moitié de sa vitrine était remplie de livres pour enfants.

Je me suis arrêtée.

J'ai souri.

Le coeur plein.

De part et d'autre de la librairie, des bars et des gens joyeux en terrasse.

Moi au milieu, en pleine nuit, seule, debout, sourire aux lèvres devant la vitrine, imaginant le "WAAAAAAAA" de ma Miss Bordel si je lui montrais tel ou tel ouvrage.

En accord avec mon moi-mère.

J'ai agité mon mouchoir blanc et j'ai laissé partir pour de bon mon moi d'avant, mon moi de 25 ans, celui que je craignais de perdre avec terreur il y a quelques années encore.

Je l'ai regardé partir avec ma beauté sous le bras et je lui ai souri.

35 ans, toutes mes dents, encore une ou deux vies devant moi, de l'amour en culture, plus de bagages inutiles, rien que l'essentiel.

Avant, j'étais jeune et belle.
Maintenant, je suis heureuse.

Café rouge

 

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