J'ouvre un oeil péniblement.

5h53.

Tôt, beaucoup trop tôt.

"Mamaaaaaaan ! Miam miam !"

Le son de la voix de ma fille m'a tirée de mon sommeil, je l'entends se rapprocher dangereusement.

"Maman miam miam !"

Je pourrais la renier, l'abandonner sur l'autoroute ou la semer à Disneyland, rien n'y ferait, une gosse qui dit "Miam miam" dès ses premiers mots, on saurait forcément que c'est la mienne.

Voilà sa petite tête rieuse au bord de mon lit. A croire qu'elle se fout de ma gueule.

"Miam miam !"

On n'a pas faim à 5h53 mon bébé, on dort et on laisse ses parents dormir, si on veut qu'il leur reste assez de forces pour ouvrir le frigo.

Non, vraiment, je suis trop crevée. Je tends la main derrière son oreille et j'appuie sur le bouton.

Elle s'immobilise, le sourire aux lèvres, les mains sur le bord de notre lit.

Ma statue de fille, sublime et silencieuse.

Je me sens replonger dans le sommeil en réchauffant mes pieds glacés contre les mollets de mon homme.

BIIIIIIP BIP BIIIIIIIIIP !

8h30. Cette fois c'est mon réveil qui me tire du lit.

Mon grand bébé n'a pas bougé.

Il va être temps de l'emmener à la crèche.

Je la rallume.

"Miam miam Maman !!!". Elle redémarre où elle en était restée.

Nous prenons le petit déjeuner tous les trois, entre fous rires et recadrage, l'éternelle alternance parentale...

Quand elle jette sa tartine par-dessus l'épaule j'ai une envie folle de la mettre sur OFF pendant quelques minutes, mais puisqu'elle ne s'en rend pas compte, ça n'aurait pas vraiment de vertu pédagogique...

J'habille notre fille, son père l'accompagne à la crèche, c'est la répartition de nos tâches parentales du matin.

J'aime ce moment où elle m'embrasse avec joie, ravie d'aller jouer à la crèche, sûre de me retrouver le soir même.

"Au voiiiiir"

"Au revoir, bébé, à ce soir !"

Je ferme la porte et soupire de soulagement.

Mon temps à moi commence enfin.

Je me souviens soudain avec angoisse des premiers temps, ces quelques semaines passées avec ma fille sans ce bouton magique, salutaire, vital.

A présent je n'ose imaginer survivre à un bébé qu'on ne pourrait pas mettre en veille...

Je file sous la douche et prépare mentalement ma journée.

Entre rendez-vous aux quatre coins de la ville et quelques heures de travail sur l'ordinateur, le temps a filé.

Nous sommes vendredi, je cours chercher ma fille tôt.

J'ai toujours autant d'empressement à aller la chercher que j'en ai à vouloir la laisser le matin.

Il y a un temps pour tout...

A la fin de la journée, je serais prête à jeter à terre les gens qui s'interposent entre moi et la crèche.

Quand on m'arrête pour me parler, je n'écoute pas, je souris en disant "oui oui", j'ai le visage de ma fille qui danse devant mes yeux et je sens déjà la chaleur de son petit corps dans mes bras, je me fous de ce qu'on me raconte entre 16h et 16h05 le vendredi tant que je n'ai pas ma gosse contre moi.

Ça ne rate pas, la mère de Liam me barre littéralement la route: "Hey comment tu vas ? Vous partez en week-end ?"

"Salut ! Euh... Non, pourquoi ?"

"C'est que je te vois courir tellement vite pour aller récupérer ta fille !"

Elle me fait un gros clin d'oeil entendu. Une seconde j'ai envie de me justifier, et puis non. J'ai horreur qu'on laisse entendre que je suis une mère poule-gâteau-fusionnelle, mais j'imagine que c'est ainsi que beaucoup me perçoivent...

S'ils apprenaient notre petit secret, ça leur ferait comme un choc...

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(A suivre...)

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