Car non, aujourd'hui, définitivement, ce n'est pas la fête.

Il y a la journée du handicap, celle du sida, le téléthon, et la journée internationale de la femme.

A croire que la féminité est une maladie. Et le féminisme un symptôme ?

Non, pas de fête aujourd'hui, juste un rappel que 51% de la population mondiale est moins bien traitée que les 49 autres, pour qui ce n'est déjà pas la panacée.

Et que nous sommes, nous les femmes, parfois consentantes, à divers niveaux de conscience. En fait, nous le sommes souvent.

L'égalité des sexes n'est ni seulement un affaire de femmes, ni seulement une affaire d'hommes.

Le premier domaine où nous devrions être égaux, c'est justement la défense de nos droits mutuels.

A nous, aussi, de ne pas relayer les discours machistes et nous y soumettre quand ça nous arrange.

Il n'y a certes pas de domaines réservés aux hommes ou aux femmes, mais il y a des domaines que certains ou certaines s'octroient. Ce n'est pas une affaire de sexe, mais une affaire de personne.

Chez nous, c'est moi qui bricole, et lui qui cuisine.

La pâtisserie, c'est son truc, moi je préfère jouer du marteau.

Non pas que nous soyons un modèle de partage des tâches parfait, bien loin de là.

c'est une lutte mutuelle de tous les jours. J'aimerais clamer avec fierté, comme le font certaines, à quel point tout est partagé à la maison, voire que j'en fais moins que lui. J'ai parfois l'impression de m'être fait duper, d'avoir raté mon féminisme.

Pourtant, l'homme y met de la bonne volonté. Vraiment. Je le dis parce qu'il fait à manger là pendant que je peux taper ce billet. Si j'étais dans un jour d'overdose de chaussettes sales, de cuvette relevée et autres poils balladeurs, je l'assassinerai, mais là, ce n'est pas le cas, j'ai toute ma raison, et je ne peux pas l'accabler de tous les maux.

L'homme est de bonne volonté. C'est juste qu'il y a des générations d'hommes et de femmes avant lui qui trouvaient tellement normal que le rôle des femmes soit exclusivement de rendre la vie de l'homme plus belle, que lui-même a besoin d'un effort intellectuel, de fugues à répétition de sa femme, d'engueulades corsées et de se taper exceptionnellement toutes les tâches ménagères de la baraque pour se souvenir que non, ce n'est pas normal.

Que ce n'est pas normal qu'au lieu d'écrire, de lire, de twitter, d'échanger sur du futile ou de l'essentiel, de consulter les résultats d'études récentes diverses et variées, de s'intéresser à la politique, au développement durable, aux nouvelles alternatives économiques, à une certaine spiritualité, les femmes perdent chaque jour un peu plus leur temps dans des tâches rébarbatives. Car non, les femmes n'aiment pas plus que les hommes les trucs chiants. Comme tous les êtres humains qui vont à peu près bien, les femmes aiment le plaisir, le sexe, la bouffe, jouer, jouir, le bon vin, rire, sortir, et fêter tout ce qui fête (donc pas la journée de la femme, on en revient toujours au même).

Un soir, justement, il y a quelques mois, au détour d'une conversation avec une copine, mère de 3 enfants,  deux filles et un garçon, j'ai réalisé l'ampleur du chemin à parcourir.

D'ailleurs, je crois bien que c'est au soir du 8 mars, dernier soir d'abus de vin après une soirée débat féministe, avant que je n'apprenne ma grossesse.

Elle: "On n'élève pas pareil une fille et un garçon, tu sais ?"

"Bah, quand même, toi qui est sensible au féminisme, tout ça, tu dois faire attention non ?"

"Oui, je fais attention, mais c'est ancré en moi, c'est plus fort que moi. Tu vois, par exemple, si mon fils jouait avec une chaise quand il était petit, je lui disais "Attention, tu vas la casser", alors qu'avec mes filles c'était plutôt "Attention, tu vas te faire mal". Tu vois, c'est presque instinctif. Et quand tu y fais attention, il y a plein de messages au quotidien que tu envoies de façon différente à un enfant fille ou un enfant garçon".

T'as vu, c'est pas des connes mes copines, hein.

Je n'avais jamais réalisé cette évidence. Je pensais que seuls des parents eux-mêmes un peu mysogynes élévaient leurs enfants dans cette direction, mais en fait non, il y a un véritable et puissant inconscient collectif.

 

L'égalité des sexes ce n'est pas seulement, bien sûr, le partage des tâches domestiques ou l'éducation d'un enfant. En ce domaine, je crois, j'ai l'impression, je veux croire que les choses progressent. Les hommes et les enfants, c'est une plus grande histoire d'amour et de complicité que ça ne pouvait l'être avant, du moins, c'est ce à quoi j'assiste du haut de mes 3 petits mois de maternité, et c'est top. Même si je regrette que les progrès de la science n'aient pas encore permis que je ne sois pas la seule source de lait humain de mon foyer. On en revient au partage des tâches. Partager les tâches ce n'est pas partager 50% de toutes les tâches, mais les répartir le plus équitablement possible en fonction des possibilités et des préférences de chacun(e). Enfin, c'est mon avis, et je le partage (équitablement).

Je nourris notre fille, son père me fait à bouffer.

 

Au travail. Le sexisme, le machisme, la discrimination au travail.

Ca, ça me fait halluciner.

20% de salaire en moins à poste égal. Mais pour quelle RAISON ? Une femme aurait moins de VALEUR ? Elle est au même poste, mais n'effectue pas la même somme de travail ? Celui-ci est-il d'une qualité inférieure ?

Mais que fait-on pour s'insurger contre ça ? On fait une grève des femmes, toutes ensemble, illimitée, jusqu'à augmentation de salaire de 20% ? Je ne parle pas du nombre de mes contemporaines en situation précaire jetées comme des parasites lorsqu'elles sont enceintes.

Pire maladie que la féminité, pire symptôme que le féminisme: La grossesse et la maternité.

Et dire que même les plus machos des sexistes sortent, englués et sanguinolents, de l'origine du monde.

La même récemment jugée trop obscène sur Facebook.

Nous sortons tous du même trou, et nous finiront tous dans le même autre.

L'oubli des fondamentaux peut parfois nuire gravement à l'équité.

 

18% seulement de femmes aux postes dirigeants des administrations.

Sans doute est-ce pour cela qu'elles fonctionnent si mâle mal ?

 

Je préfère, je crois, ne même pas parler de politique, tant il me semble que c'est ce système, tel qu'il est actuellement, qui est obsolète, voué à l'échec, dépassé, nul et non avenu:

C'est un système bancal à réformer pour qu'il soit représentatif, utile et un tant soit peu moins corrompu.

Tant que "faire de la politique", au-délà d'un certain niveau, relève plus d'une ambition personnelle que d'un désir profond d'humanisme, y saupoudrer quelques femmes pas plus inquiètes de leur prochain que leurs homologues masculins ne ressemble pas au remède idéal.

 

Je ne développe pas non plus sur les thèmes des femmes excisées, celles dont les droits sont bafoués, ou de celles qui se font cogner à longueur de journée, ce n'est pas le but de ce billet, et, pour une (bien trop rare) fois, on en entendra parler toute la journée. 

D'ailleurs, je n'ai fait qu'enfoncer des portes ouvertes, et livrer là une réflexion somme toute banale qui transparaît certainement ça et là depuis les - pile - 11 mois que j'écris ici.

 

Ce billet, c'était juste pour rappeler qu'aujourd'hui, non, ce n'est vraiment pas la fête, pas même sur ce blog où la tendance est habituellement plus funky, parce que je tiens à ce qu'elle le soit.

Mais moi, pour être drôle, j'ai besoin d'être une femme libre, un être de même valeur que les autres, respecté, écouté, libéré du cercle infernal des tâches que la vie nous impose, de celles que la société exige de nous, et de celles que nous nous infligeons sans plus trop savoir pourquoi.

Pour que je sois drôle, (presque) tous les jours, il faut que le féminisme aille tellement de soi qu'il ne soit plus une nécessité.

Que les droits de la femme ne semblent pas si pathologiques qu'une journée leur soit consacrée au même titre qu'une maladie.

Pour que je sois drôle (enfin, pour ceux qui me trouvent drôle, cela va de soi...), il faut que je puisse espérer que ma fille grandisse dans un monde plus égalitaire sur tous les plans. Et qu'elle soit aussi utopiste et grande gueule que sa mère, ça aide à surmonter bien des handicaps, y compris celui d'être une femme dans un monde qui a oublié d'où il vient et comment il perdure...

 

 

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