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Et à l'alcool. Et aux féculents. Et au sucre...

Après l'accouchement j'ai voulu me laisser le temps.

J'apprenais à devenir mère, je récupérais de la fatigue, de la douleur.

J'étais en pleine mutation.

Ce n'était pas le moment.

Et puis on ne fait pas de régime quand on allaite, ça n'a pas de sens.

De toute façon j'avais toujours été fine, malgré les 25 kilos pris pendant la grossesse, pas de raison que ça ne revienne pas doucement à la normale, même s'il fallait 2 ans pour ça.

Je n'étais pas pressée, et je ne voulais pas céder au diktat de la minceur à tout prix.

Je ne voulais pas me priver.

Je ne voulais pas me remettre au sport.

D'un autre côté, ma silhouette d'avant, c'était aussi une partie de mon identité.

Ne plus distinguer ma taille, c'était une perte de repère supplémentaire, dans cet océan nouveau de maternitude.

Et puis j'ai grossi encore, en plus des quelques kilos de grossesse pas perdus, à force de ne pas faire attention, de me "faire plaisir", ne pas compter.

Foutu pour foutu, pourquoi me priver ?

Au point où j'en étais, ça ne faisait plus vraiment de différence.

Les piles de ma balance ont rendu l'âme, je ne les ai pas changées.

Plutôt que de manger plus raisonnablement, plus équilibré, j'ai fermé les yeux.

Ce n'était pas le moment, je ne voulais pas, je ne pouvais pas faire autrement.

Ouvrir les yeux sur cette prise de poids, mais surtout sur mon absence de réaction face à celle-ci, c'était trop difficile.

C'était admettre que j'avais perdu une bataille.

C'était réaliser que je m'étais "laissée aller", moi qui aime tellement contrôler.

Ça a duré plus de deux ans.

Ne pas faire attention, pleurer devant la glace, m'en foutre, être furieuse, me dire qu'il faut que je m'accepte comme ça, vouloir tout changer.

Me trouver belle, me trouver immonde, m'apprécier, me dégoûter.

Pendant plus de deux ans je n'ai rien fait, trop occupée à hésiter entre travailler sur l'acceptation de ce nouveau moi ou faire une liposuccion...

Paradoxe, quand tu nous tiens...

C'est un soir de mon dîner de filles mensuel que le déclic est arrivé.

Nous sommes toutes mères, toutes trentenaires.

Marion est arrivée sublime, plus légère de l'intérieur et de l'extérieur.

Je me suis moquée du plat qu'elle commandait pendant que je prenais un cheeseburger frites.

Mais pour de vrai, je me suis sentie mal.

Je me suis sentie mal de ne rien faire pour me sentir mieux.

Et j'ai eu envie que ça change.

Aujourd'hui, j'agis.

Après des semaines de tergiversations, je commence un régime aujourd'hui. Enfin un "rééquilibrage alimentaire", disent-ils.

J'ai 17 kilos à perdre.

Sans doute que si je n'en perds que 10 ou 12, ça ira déjà beaucoup mieux.

17 pour "être comme avant", ou du moins, avoir le poids d'avant, à 2 kilos près.

Car apparemment mon "poids d'avant", celui où je ne cessais de me surveiller, était limite trop bas.

Je ne suis pas sûre de faire ce qu'il y a de mieux.

Je veux dire, est-ce que le mieux, ce n'est pas de s'accepter telle qu'on est ?

La bataille que l'on devrait gagner, n'est-ce pas plutôt celle de s'aimer comme on est, plutôt que celle des kilos ?

Dans ce cas, sommes-nous presque toutes dans un tel manque de confiance en nous que nous cherchons toutes à avoir ces mensurations qui ne sont pas celles des mères ?

J'ai essayé, de m'aimer telle quelle.

Je n'ai pas réussi.

Je souris quand je fais des photos, je réponds avec plaisir aux invitations sur les plateaux télé.

Mais la vérité, c'est que dès que je m'expose "dans cet état là", je me sens mal.

J'ai honte. J'ai honte d'être enfermée dans ce corps-là, et j'ai honte d'en avoir honte.

Je prône la confiance en soi, de tous, des femmes en particulier, l'acceptation de la différence et le refus de la norme, mais je n'arrive pas à me l'appliquer à moi-même.

Je n'arrive pas à "être grosse", "être une femme ronde".

Ce n'est pas moi.

Je ne me reconnais pas.

J'agis parce que je n'en peux plus de ne rien faire, peut-être parce que c'est une façon de me prouver ma force et ma volonté, comme si perdre 17 kilos était une réalisation plus périlleuse qu'écrire 2 livres...

Et peut-être, sans doute que d'une certaine façon, que ça l'est.

Peut-être que j'ai tort.

Peut-être que dans un an j'écrirai un billet qui dira l'inverse.

Peut-être que je me trompe de route.

C'est difficile pour moi d'en parler ici, mais j'ai toujours pris le parti de parler justement de ce qui est difficile, parce que je considère que si c'est difficile pour moi, ça l'est pour beaucoup d'autres, et que la parole est libératrice, déculpabilisante, et que l'échange nourrit - plus que 4 biscottes complètes et 10 grammes de beurre...

C'est encore plus difficile maintenant que je ne suis plus anonyme, évidemment.

Mais peut-être que mon témoignage n'en a que plus de valeur.

Moins 17 kilos.

Que j'y arrive, ou pas, j'avance.

J'avance vers moi.

Le temps me dira si j'ai pris le chemin le plus court ou si mon GPS m'a joué des tours...

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