Je l'ai déjà dit ici à plusieurs reprises, je garde précieusement l'espace de mon blog comme une bulle à moi, lieu de franches barres de rire, en dehors de la plupart des réalités, et pas comme une vitrine de mes luttes et préoccupations, d'autant qu'il me semble qu'elles transparaissent au coeur de mes billets.

 

Mais, quand une de mes cops, appelons-la Cops Bordel, m'a demandé la faveur d'une tribune pour raconter son histoire, j'ai accepté.

Depuis plusieurs années, j'entends autour de moi des histoires d'IVG qui vont de pas très belles à carrément traumatisantes.

Moi, j'en ai une d'histoire comme ça, d'il y a 5 ans, mais qui s'est déroulée du mieux possible, grâce à mon Doc Gynéco que j'aime d'amour depuis.

Il y a aussi l'histoire de V, une de mes chères amies avec qui j'avais eu le tort de me brouiller pour un connard,  et avec qui je n'ai jamais eu l'occasion de me réconcilier puisqu'elle s'est donné la mort le jour de son anniversaire, quelques semaines après avoir subi un avortement.

Des centres IVG ne cessent de fermer, augmentant les files d'attente et donc les délais, abaissant la qualité de soins, d'écoute, etc...

La question n'est pas de savoir si l'avortement c'est bien ou pas bien, si vous êtes pour ou contre:

C'est un droit en France.

Un droit chèrement acquis.

Souvenons-nous du manifeste des 343 qui eurent le courage de dire haut et fort qu'elles avaient avorté, malgré les retombées conséquentes qu'elles ont eu à subir à l'époque.

Un droit en danger.

Pour le savoir il suffit de taper "avortement" ou "IVG" dans Google Images, attention âmes sensibles et actuelles baleines s'abstenir...

Pour défendre ce droit, une marche aura lieu ce samedi 6 novembre.

A Paris, elle partira de la Place d'Italie à 14h.

Retrouvez toutes les infos sur le blog dédié.

Je vous laisse avec Cops Bordel.

 

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"Je suis une salope.

J'ai baisé avec un mec sans protection et je suis tombée enceinte.

J'ai avorté sans que personne de ma famille ou de mes amis ne soit au courant.

Je suis une salope.

 

Ah... les détails?

Ok... L'homme qui m'a mise enceinte est mon mari.

Ca faisait six mois qu'on était mariés à l'époque.

On avait un enfant de deux ans.

Cet enfant est venu au monde après trois mois de relation.

Bah oui, je suis une femme fertile il paraît.

C'est une bénédiction d'être fertile, il paraît.

Enfin... ça dépend, quoi...

Trois mois dans la relation et je suis enceinte.

Bon... ok... On assume :)

On a aura un enfant, de toute façon, on s'aime, on gagne notre salaire, on paye nos impôts, tout va bien.

C'était rock-and-roll mais on a survécu.

On s'est mariés entourés de notre famille et de tous nos amis dans une ancienne bergerie à danser du Bollywood sous la pluie du mois d'août.

Et puis notre enfant a fait plusieurs bronchiolites et quelques hospitalisations, entre le mariage civil et le mariage religieux.

Et puis mon homme, qui avait perdu son emploi, est arrivé en fin de droits.

Et puis notre couple a souffert de toutes ces pressions.

Et puis je suis tombée à nouveau enceinte...

Un mauvais calcul d'ovulation et de capote et puis voilà, je suis devenue l'incarnation d' "une irresponsable et d'une naïve".

Bref, passons les commentaires de mes amis proches.

Un couple exténué après deux ans de relation en grand huit, entre enfant arrivé très tôt, perte d'emploi, changement d'emploi...

C'est un couple qui n'est pas un bon foyer.

Si cet enfant venait à naître, notre couple y survivrait à peine, ou n'y survivrait pas...

Donc le premier accident, on assume, et ben la deuxième fois on assume aussi mais dans l'autre sens.

On parle, on parle, on parle et on décide.

A deux.

D'avorter.

Ok, dur comme choix mais au moins, on est dans un pays où on a le le luxe d'avorter en toute sécurité et gratuité.

Grâce à la rapidité de réaction, je peux demander une IVG médicamenteuse.

Direction le Planning Familial.

On est en France donc forcément: analyse de sang et échographie pour confirmer la grossesse, des dépenses bien superflues, non ?

Puis, prendre rendez-vous avec un hôpital.

Oh bah mince!

Avec tous ces rendez-vous, j'ai encore de la chance de pouvoir faire une IVG médicamenteuse !

A trois jours près, c'était l'intervention, appelée si joliment "curetage"...

L'IVG médicamenteuse doit être réalisée avant la septième semaine d'aménorhée, c'est-à-dire la 5ème semaine de grossesse.

Bon, je file à l'hôpital pour le premier rendez-vous.

J'ai la chance d'avoir mon mari au bout du téléphone quand je le veux, qui me tiendra la main quand je voudrais et qui me suivra, peu importe le choix que je fais.

Et là, c'est parti...

Le bon vieux système médical comme on l'aime...

En une heure et demie, j'ai rencontré:

1. la réceptionniste

2. l'assistante du gynécologue

3. le gynécologue

4. le réceptionniste de la prise de sang

5. l'infirmier qui fait la prise de sang

6. l'infirmière qui n'en a rien à foutre mais qui me donne quand même deux pilules sans me regarder

7. le responsable du laboratoire

8. la salle d'attente pleine de femmes enceintes et de mamans qui allaitent

9. le gynécologue

10. le responsable des paiements

 

A six d'entre eux j'ai dû dire que je venais pour une IVG.

Il était intéressant de découvrir que, peu importe qu'on ai fait une analyse de sang une semaine avant l'IVG, seuls les tests effectués à l'hôpital ont une valeur réelle.

Il faut donc réitérer les examens.

 

J'ai eu le malheur de commettre deux erreurs:

 

1. parler au gynécologue sans avoir l'air d'être la femme la plus malheureuse du monde:

Je suis solide.

Mais de là à entendre, de la part d'un gynécologue:

"Mais ma p'tite dame, c'est pas comme si j'avais le choix !

Si je n'effectue pas mon quota d'avortements, on sera obligés de fermer l'antenne maternité"

 

2. appeler ma mutuelle

Je les ai appelés pour savoir quelles étaient les modalités de remboursement pour les IVG...

Je ne m'attendais pas à cette conversation d'une autre dimension:

 

"C'est quoi une IVG?"

".........."

"Madame ? Pouvez-vous me clarifier ce qu'est une IVG ?"

"Vous ne savez pas ce qu'est une IVG?"

"Madame, j'ai affaire tous les jours à des termes médicaux spécialisés je ne peux pas tous les connaître"

"Ok, vous n'êtes pas un médecin mais vous êtes une femme quand-même? Vous savez ce qu'est une IVG, non ? "

"Ah bah non madame, j'ai autre chose à faire que d'apprendre des termes médicaux vous savez."

Ma nervosité étant à son comble après deux semaines de tests, de doutes et de discussions en larmes sur l'épaule de mon mari, je me mets à hurler:

"Une IVG c'est un AVORTEMENT !!! UN AVORTEMENT, tu comprends ce que c'est qu'un AVORTEMENT ?! Hein ?! Et bravo de m'avoir forcée à dire ça à voix haute dans une salle d'attente pleine de femmes enceintes !!!"

"Ah mais faut pas vous énerver hein, c'est pas ma faute si les termes médicaux sont aussi compliqués."

***20 minutes plus tard***

"Alors madame, l'IVG n'est pas remboursée par la mutuelle sauf en cas d'urgence médicale"

Je travaille dans une organisation internationale et tombe sous un statut particulier.

Je n'ai pas droit à la couverture de la Sécurité Sociale, je dois donc compter uniquement sur ma mutuelle pour rembourser les 250 euros de l'intervention.

"Mademoiselle, j'espère que vous vous rendez compte que, depuis les années 80, c'est illégal de demander à une femme un certificat médical pour un avortement"

"Ah bah non madame, nous on suit les prescriptions de la sécurité sociale"

"Ca m'étonnerait, car l'IVG est remboursée à 70% par la sécurité sociale sans demande de certificat médical alors vos procédures sont obsolètes."

"Ah non madame, moi j'y peux rien hein..."

"Bon, je pense que maintenant il est vraiment temps que je parle à votre responsable."

 

Au final, j'ai eu le remboursement à 100% de ma mutuelle mais j'ai dû batailler pendant près d'un mois en me faisant aider par le planning familial et par une juriste de notre association du personnel.

Bon, là j'en rigole, ça fait il y a un an.

Mais il y a un an, c'était moins drôle...

Ca me bouffait les nerfs.

Je me sentais humiliée et dégradée.

Résumée à une addition...

Bah oui: visite chez le gynéco *** €

Prise de sang *** €

Deuxième prise de sang *** €

Echographie *** €

Demie journée à l'hôpital *** €

Troisième et quatrième prise de sang *** €

Deuxième echographie *** €

Deuxième visite chez le gynéco *** €

Sans compter les paquets de kleenex, les buckets de Ben & Jerries pour me consoler et la session de shopping ratée pour me remonter le moral.

 

J'ai suffisamment de recul et j'ai suffisamment les pieds sur terre pour remettre tout en perspective mais imaginez une jeune femme qui n'a pas le soutien nécessaire pour faire face à ce genre de traitement ???!!

Comment fait-elle pour écouter un gynécologue lui dire "écartez" pour faire un examen pelvien ???

Comment fait-elle pour réclamer un remboursement auquel elle a DROIT ?

Comment fait-elle pour être sûre qu'on l'aide à assumer son choix d'avorter en permettant qu'elle fasse un avortement médicamenteux plutôt que de devoir passer par un curetage ???

Où trouve-t-elle la force, le soutien, le courage nécessaire de prendre le contrôle sur sa vie plutôt que devoir subir une grossesse qui ne la rendra que malheureuse, ainsi que son enfant ?

 

Mon avortement a fini plutôt bien.

La deuxième journée à l'hôpital s'est passée bien mieux.

La deuxième journée, c'était la journée de l'expulsion du fruit.

Je n'ai pas eu mal du tout, ça s'est passé très vite.

J'ai passé une demi ournée à l'hôpital, toute seule.

Mon mari n'avait pas le droit d'être là pour s'occuper de moi.

Ce qui est ridicule mais c'est pour "éviter des scènes".

No comment.

Un an plus tard, je me suis remise des "mais comment as-tu pu" de mes amis et des "si vous refusez de prendre la pilule, ma petite dame, je vous reverrai dans un mois hein, c'est à vous de voir" et des "mais comment as-tu pu tomber enceinte en 2010 avec tous les moyens de contraception qui sont disponibles?".

Je me suis remise de l'intervention.

Même si j'ai un peu mal en voyant des amies enceintes de leur deuxième enfant, des mères qui allaitent ou des cousines qui viennent d'accoucher.

Je sais que j'ai fait le bon choix.

Mon mari et moi avons (re)construit notre couple et avons une superbe relation avec notre enfant.

Nous sommes fiers de notre famille, qui est aussi imparfaite que la famille parfaite peut l'être.

Nous sommes heureux.

Nous sommes sûrs du choix que nous avons fait ensemble et savons que nous aurons un autre enfant dans le futur. Ca sera notre troisième enfant.

Le deuxième est ailleurs en ce moment, à attendre une famille qui est prête à le recevoir.

Voilà mon histoire.

L'histoire d'une salope ?"

 

 

 

 

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