Avant de devenir mère à mon tour, je souriais souvent en lisant ici et là des anecdotes de mères auto-proclamées indignes.

Je me reconnaissais beaucoup dans leur liberté de ton, leur humour trasho-décalé, leur envie de ne pas renoncer à elles en devenant mères.

Et c'est toujours le cas !

Mais ce "mère indigne", désormais, me dérange.

Je ne l'utilise jamais pour me définir.

Je suis une femme libre, moderne, et une bonne mère et je ne me sens pas indigne lorsque je fais passer mes besoins avant ceux de ma fille.

Son arrivée dans ma vie n'a pas fait cesser d'exister mes besoins d'être humain, même si ça les a réorganisés, même si ça a chamboulé leur ordre d'importance.

Pendant des mois, j'ai volontairement mis une partie de ma vie en stand by, parce que ça correspondait à mes convictions, parce que j'en avais envie, parce qu'il y avait des blessures de ma toute petite enfance que je voulais lui épargner à elle.

Ce faisant, peut-être ai-je créé d'autres blessures, d'autres sensibilités, comment le savoir ?

C'est aussi de nos manques, de nos erreurs parentales que les enfants se construisent, tirent une partie de leur force.

Je n'ai pas la prétention - ni le désir - de frôler la perfection.

J'allaite toujours et je prends mon mercredi pour moi tandis que ma fille va à la crèche.

J'ai l'humour trash même avec elle mais je l'enveloppe de mes bras quand elle en a besoin.

Je la console longtemps s'il le faut mais je sors dîner si j'avais prévu de le faire malgré ses tentatives multiples de me séquestrer.

Loin de moi l'intention de dresser une liste exhaustive d'actes de mère digne ou indigne.

L'indignité de l'une est la perfection de l'autre, et vice-versa, je trouve fou qu'on puisse se poser en juge du BIEN ou du MAL.

Il y a autant de mères qu'il y a de femmes.

Celles qu'on nomme mère indignes, ou qui se qualifient comme telles, ont juste - à mes yeux - sans doute plus d'humour et d'authenticité que d'autres.

mre_in10.jpgillustration extraite de "J'aurais adoré être ethnologue" de Margaux Motin

Mais, même pour rire, elles ne sont pas indignes.

Pas une seconde.

Qu'on leur enlève cette étiquette.

Les enfants s'élèvent aussi dans le mimétisme.

Une mère qui n'oublie pas de vivre, qui ne s'oublie pas, ne peut qu'être digne, et transmettre sa joie de vivre, puisqu'elle a plus de chances d'échapper au burn-out et d'avoir envie de s'ouvrir les veines un jour sur deux.

J'ai la sensation d'enfoncer des portes ouvertes en écrivant ces quelques lignes, mais j'en avais besoin.

Besoin qu'on arrête de faire peser sur nos épaules de mères très dignes le poids de la culpabilité de ne pas arrêter de vivre aussi pour nous en devenant mère.

Je suis une mère très digne.

Comme vous toutes, non `?

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