Il n’y a pas de quoi être en colère. 

Le plus difficile à gérer, ce n’est pas le chagrin. 


Le chagrin il suffit de le laisser sortir, de le laisser couler quand il pousse trop fort dedans, quand il écrase le cœur, quand il est tellement lourd pour lui qu’il l’empêche presque de battre. 
C’est pesant, le chagrin, mais ce n’est pas compliqué à gérer, il suffit de le laisser couler le long de ses joues, peut-être de se regarder dans la glace avec ce visage là qu’on ne se connaissait pas et s’aimer quand même, et se dire qu’il faut se laisser du temps, et se dire que ça va sortir, par morceaux, doucement. 


Avec la colère, c’est plus difficile. 


Ça gronde dedans, mais on n’a pas envie de l’écouter, on n’a pas envie d’y céder. 
Parce que c’est normal la mort, ça fait partie de la vie. 
C’est dans l’ordre des choses de perdre un parent, quand on est un adulte qui a eu la chance de devenir parent lui-même à son tour. 


Il n’y a pas de quoi être en colère. 


La colère, ça barre la route du reste et des belles énergies et ça empêche d’avancer, on le sait bien que pour vivre avec la douleur il faut l’accepter, pas la combattre. 


Et puis on remet les pieds dans la vraie vie, et on avance à côté de ses pompes, mais on avance quand même. 


Et on se voit soudain plonger dans une colère noire, sans prévenir, un volcan éteint qui entre en éruption sans préavis, une rivière furieuse qui anéantit un barrage en béton. 
Un tsunami.


On se met dans une colère noire et on a raison, parce qu’on a une vision perçante à présent, parce qu’on ne supporte plus le faux, le manque d’humanité, le toc. 


On a raison de se mettre en colère mais on a tort de la hurler comme ça, de la hurler si fort, et pourtant elle sort et elle emporte tout sur son passage. 


Elle sort et on est tellement soulagé. 


Elle sort et on comprend que cette colère là, elle vient de très loin, de bien plus loin que ce qui semble l’avoir déclenchée à cet instant T.


Elle sort quand même, parce que peu importe à quel âge on perd sa maman, ça nous met quand même très en colère que la mort l’emporte en 8 jours sans la prévenir ni lui demander son avis, quand elle nous a donné la vie en 9 mois, et bien plus que ça.

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