Même quand tu n’es pas celle qu’ils voudraient.

Celle que tu étais est morte et celle que tu seras n’est pas encore née.

Tu flottes dans ce néant flou et douloureux, entre deux eaux, un peu à côté de la plaque évidemment mais tu t’accroches.

A fleur de peau, décalée, émotive, épuisée.

Fragile.
Tellement fragile.
En colère, sidérée, pleine de « et si ? », luttant contre les regrets.

Tu t’accroches fort à la vie parce que quand tu te laisses un peu trop aller tu réalises que par moments tu glisses doucement dans le doux de l’idée d’aller te reposer avec ceux que tu aimes qui dorment déjà.

Tu es à ce moment délicat où seule une poignée de ceux qui t’entourent sait qu’on ne fait pas le deuil d’une mère en 7 semaines.  

Autour de toi il y a maintenant ceux qui ne savent pas, ceux qui ont oublié, ceux qui se sont lassés, ceux qui n’ont pas le temps, ceux qui sont aussi en deuil, malades, en crise, ceux qui t’en veulent de ne plus être la même, ceux qui s’en foutent, ceux qui ont vécu cela avant toi et qui ne veulent pas s’en souvenir, ceux qui voudraient être là mais qui n’y arrivent pas, ceux qui ont tellement peur que leur tour arrive et qui t’en veulent de leur rappeler que ça existe, ceux qui ne supportent déjà pas tellement que tu attires l’attention d’habitude, alors là…
Ceux qui ont un petit sourire en coin parce que quand même ça lui fait du bien un peu à celle-là d'apprendre la vie.
Ceux qui avaient des choses à te dire depuis longtemps et qui t’explosent littéralement au visage parce qu’ils n’ont pas réussi à le dire autrement, à un autre moment.

Et il y a cette poignée-là qui te regarde de près.

Avec un amour et une bienveillance infinis.

Cette poignée-là qui ne te juge pas quand tu es un peu gauche, un peu envahissante, un peu grossière, un peu énervée, quand ton cœur un peu trop gros prend un peu trop de place, quand tu ne réponds pas aux messages.

Quand tu es un peu trop, parce que c'est tellement toi.

Cette poignée-là qui t’aime comme tu étais, comme tu es et comme tu deviendras.

Qui t’aime de tous les côtés, le trop et le pas assez, le feu et la glace, la douceur et la dureté, qui prend the whole package.

Cette poignée-là qui fait des petits nœuds partout pour t’attacher ici en attendant ta renaissance, et qui ne doute pas qu’elle surviendra, bientôt.

Cette poignée d’amours qui lâchent tout quand ils te croisent dans la rue et te devinent les larmes au bord des yeux malgré tes lunettes de soleil.
Cette poignée-là qui a le don de te demander comment tu vas ou de t’inviter à prendre un café now pile au moment où t’affaisses de l’intérieur sans que personne ne le voit.

Alors tu le sais que les petits coups de canif que tu prends de-ci de-là il ne faut pas t’y attarder, même si tu les reçois comme des sabres plantés en plein coeur, parce que tu ne vis pas dans un monde où on protège les endeuillés, et que tu es dans cet état de fragilité-là qui décuple tes émotions.

Tu sais que c’est à cela que ça sert le deuil, aussi.

Parce que quand tu perds l’amour inconditionnel de ta mère il devient d'une cruauté insupportable d’être aimée sous conditions.

RESET.

Le moment de reconnaître autour de toi ceux t’accueillent exactement comme tu es même quand ils ne comprennent pas tout, même quand tu n’es pas celle qu’ils voudraient, et de laisser les autres quitter tranquillement ta vie pour que leurs coups de canif-sabre ne coupent pas d’un coup tous ces petits nœuds fragiles, fils ténus sensibles, que tes amours font pour te rattacher à eux.

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