"T'en as, de la chance !"

"T'en as, de la chance !"

La dernière phrase qu'elle m'ait dite, lundi, avant que les mots ne se noient dans son cerveau.

Je venais de lui dire que mon père m'avait rapporté un de ses pyjamas pour pouvoir rester dormir près d'elle ce soir-là.

"T'en as de la chance !", elle m'a dit.

Elle se foutait de ma gueule, un peu.

Je lui ai répondu qu'elle n'était pas franchement en position de se moquer, avec sa chemise bleue en papier à la con.

Et puis ses mots se sont noyés.

"T'en as, de la chance !", les derniers mots d'elle à moi.

Pour l'instant.

J'ai une chance tellement folle.

D'être arrivée avant que ses mots ne boivent la tasse.

De l'avoir trouvée vivante.

De recevoir tellement d'amour depuis de mes proches, d'inconnus, d'amis perdus.

De m'être rapprochée de ma famille.

D'avoir pu lui dire tellement de choses à l'oreille.

D'avoir ce sentiment, rare et précieux, d'être exactement où je dois être.

De savoir que tout ira bien, quoiqu'il arrive.

D'avoir un sursis d'espoir, un sursaut d'espoir.

D'avoir une petite fille si forte, si courageuse.

D'avoir tellement de gens qui donnent de leur temps et de leur personne pour me dégager d'une partie de mes obligations (coucou les coworkers & les membres du conseil d'administration de @CoworkCreche ❤).

D'être dans un service où on nous laisse rester auprès d'elle jour et nuit, où on s'occupe bien d'elle.

De réussir à rire encore aux éclats plusieurs fois par jour : l'humour sauve des vies tous les jours, l'humour est thérapeutique, l'humour est une technique de survie pointue.

J'en ai, de la chance, de l'avoir retrouvée là après mon escapade de 24 heures.

J'en ai, de la chance, tellement, qu'elle m'ait accueillie en entrouvrant les yeux.

Brièvement, pas entièrement.

Mais en ouvrant les yeux au son de ma voix.

J'en ai, de la chance, d'arriver à voir que j'ai de la chance.

Contrairement aux apparences, j'en ai, de la chance, les gars. Vraiment.

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