Transformée.

Hier soir j'ai lavé pour toi cette chemise de nuit avec autant d'amour que de Génie sans frotter, dans la bassine rose de cette affreuse salle de bain d'hôpital que j'ai pourtant fini par aimer.

Je l'ai mise à sécher, avec comme l'intuition d'accomplir un acte inutile.

Mais au cas où.

Mais si jamais.

Mais on ne sait pas.

L'espoir, toujours.

Je l'ai pliée, j'ai posé le berlingot-qui-sent-bon dessus pour la parfumer, comme d'habitude.

Ce matin, bien avant que le soleil ne se lève, alors que je n'arrivais plus à dormir et que je te disais les mots d'amour et de lumière que tu sais, tu t'es endormie en douceur pour de bon, au gré de ma main sur ton front, de ma voix à ton oreille, de mes yeux posés sur toi.

Et j'ai été soulagée d'une si belle fin, sans souffrance et pleine d'amour, de beau.

Une comme tu aurais voulu.

Même si c'était tellement trop tôt.

Tellement trop vite.

Et mon coeur s'est déchiré si fort que je me suis couchée contre toi pour que la chaleur de mon corps retienne celle du tien, juste encore un peu.

Pour que je sente l'odeur du cou de ma maman, juste encore un peu.

Et j'ai pleuré si fort que j'ai cru que j'allais te réveiller et faire se lever de leur lit tous les éclopés du service.

Quand j'ai été sèche, j'ai enfin appelé, prête à te laisser t'élever.

Ce sera facile, maman, de tenir les promesses que je t'ai faites ces derniers jours, avec une étoile aussi scintillante au-dessus de ma tête.

Avec l'astre le plus lumineux de la galaxie qui veille sur moi pour toujours.

À bientôt, maman, et belle route.

Je sais bien que tu n'as pas disparu.

Tu t'es juste transformée.

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